Ici c'est ches nous! Changer les soins hospitaliers au Canada

Voyez notre diaporama ci-dessus pour voir comment les soins hospitaliers évoluent en Ontario, en Saskatchewan et au Yukon.

Juin 2011 - Les aînés habitués au régime traditionnel d'orignal, de caribou et de bannock, se sentiraient chez eux ici, de même que le patient qui boit du thé de baume contre l'hypertension ou la famille se soumettant au rituel thérapeutique d'une cérémonie de fumigation.

 

Au centre hospitalier Whitehorse (lien en anglais seulement) dans le Yukon, la programmation innovante dispense les soins de santé aux patients des Premières nations, des Inuits et des Métis de façon différente depuis 1993.

 

La directrice Rhonda Holway-McIntyre prévoit que les programmes seront bientôt reconnus comme des « pratiques importantes » des soins de santé canadiens, suite à une évaluation indépendante des services hospitaliers par Agrément Canada, qui a terminé en juin sa visite au site. Que ce soit la médecine et la nutrition traditionnelles ou la salle de guérison spéciale, sept programmes contribuent à satisfaire les besoins des patients autochtones et non autochtones.

 

Après deux décennies de partenariat avec le Council of Yukon First Nations (Conseil des Premières nations du Yukon), Santé Canada et le gouvernement territorial du Yukon, l'évolution de la structure et de la pratique en soins de courte durée commence à façonner les services offerts dans d'autres hôpitaux de l'ensemble du territoire du Yukon.

 

Photo: Cathie Archbould.
La salle de guérison Na’Ku de l’hôpital général de Whitehorse est mise à la disposition de tous et peut être utilisée pour pratiquer des méthodes traditionnelles de guérison. Photo : Cathie Archbould.

 

 

 

 


 

 

Une tendance à la hausse

Transformer le monde ultratechnologique des hôpitaux en un milieu adapté à la culture pour les personnes âgées qui n'ont jamais été hospitalisées, ou encore pour les victimes des pensionnats autochtones qui éprouvent un certain malaise par rapport aux institutions, représente un défi de taille. Il s’agit également d’une étape clé pour gérer les disparités en matière de santé, ainsi que le manque d'accès à des traitements appropriés et équitables pour les Autochtones du Canada.

De plus en plus d'organismes de santé dans tout le Canada travaillent avec les communautés et les leaders des Premières Nations, des Inuits et des Métis, afin de mieux servir les patients des différentes communautés autochtones du Canada. Par exemple :

 

  • En juin, une « salle de guérison destinée à toutes les nations » (lien en anglais seulement) a été ouverte au Royal Jubilee Hospital au centre-ville de Victoria en Colombie-Britannique, le premier établissement de la province à tenir compte des méthodes de guérison traditionnelles des Premières nations comme les cérémonies de purification, le tambour et le brûlage des branches maîtresses de cèdre. De la même façon, le centre régional de santé de North Bay a récemment créé une hutte spirituelle non confessionnelle (en anglais seulement) afin d'y tenir les cérémonies de purification et a inclus de nombreux éléments se rapportant aux Premières nations dans la conception de l'hôpital qui a récemment ouvert ses portes.
  • L'an dernier, le nouveau centre de santé avant-garde Meno Ya Win de Sioux Lookout (en anglais seulement) a été ouvert dans le nord-ouest de l'Ontario, où 80 pour cent des malades sont autochtones. Meno Ya Win propose des menus, des médicaments et des programmes de guérison traditionnels, ainsi qu'une architecture innovante, un personnel au nombre de 300, formé aux compétences culturelles et qui peut s'occuper de 30 000 patients externes.
  • En Saskatchewan, l'hôpital All Nations Healing (en anglais seulement) de Fort Qu'Appelle est détenu et exploité par les 34 Premières nations qui ont signé le Traité nº 4. L'architecture de l'hôpital a également été conçue afin d'intégrer des aspects de la culture des Premières nations et propose des programmes comme les soins actifs, le soutien aux Autochtones qui ont vécu dans les pensionnats, les tests de la qualité de l'eau et les cérémonies traditionnelles.
  • Au centre-ville d'Ottawa, l'organisme à but non lucratif Ottawa Health Services Network Inc (OHSNI) (en anglais seulement) appuie les résidants de la région de Qikiqtani au Nunvaut qui suivent des trai tements médicaux à Ottawa en leur fournissant une gamme de services, notamment les services d'interprète et d'accompagnateurs lors des escales. OHSNI effectue la liaison avec la résidence Larga Baffin, un foyer adapté à la culture détenu par des Inuits qui propose aux résidants de la région de Baffin un endroit offrant un grand soutien où les Inuits peuvent séjourner. (Vous reporter à l'article sur ce foyer dans Ottawa Citizen - en anglais seulement).

 

Ces changements vers des rôles non conventionnels en matière de prestation de services de santé nécessitent de nouvelles façons de penser, des alliances innovatrices, un engagement, du temps et des ressources. Par exemple, l'intégration de services dans la région de Weeneebayko - où 87 % des 11 500 résidants sont Autochtones - a nécessité la prise de résolutions de la part des ministres de la santé fédéral et provinciaux, de cinq communautés de la région de Weeneebayko et de la ville de Mooseonee en Ontario. Ensemble, ils ont collaboré à la fusion des hôpitaux de la région en 2010, et à l'intégration de la planification, de la gestion et de la prestation des services de soins de santé. De tels changements nécessitent habituellement une réglementation souple, une nouvelle législation et des modifications apportées aux approches de la gouvernance. 

 

 

Le personnel de l'hôpital général de Whitehorse s'est réuni dans la salle de guérison Na'ku; ensemble ils conseillent et guident les Autochtones dans le système de soins actifs. Photo : Cathie Archbould.

 


 

L'accès aux soins intensifs est compromis

L'accès au système de soins actifs est compromis (en anglais seulement), et ce système n'a pas su s'adapter aux besoins des patients inuits, métis et des Premières nations du Canada. Les obstacles incluent l'insuffisance des services dans les régions reculées et rurales; la nécessité de s'adapter à la langue et au contexte culturel des patients; et les problèmes de juridiction qui bloquent l'accès aux soins appropriés et en temps opportun. Par exemple, dans la région d'Inuit Nunaat, la plupart des 52 communautés de la région se trouvent face à de graves pénuries de personnel médical. Les communautés comme la Première nation de Garden Hill du nord du Manitoba qui a accès à un médecin et à un poste de soins infirmiers de petite taille et qui ne compte pas d'hôpital a vu deux de ses membres mourir de la grippe en 2010 (lien en anglais seulement), ce qui a suscité des inquiétudes à propos du niveau et de la qualité des soins.

Auparavant, en 2008, on avait sonné l'alarme dans l'ensemble du pays afin de dénoncer le traitement des Autochtones dans le système de soins hospitaliers alors qu'un patient des Premières nations itinérant en fauteuil roulant est mort dans une salle d'urgence du Centre des sciences de la santé de Winnipeg; il avait attendu 34 heures. Le patient, Brian Sinclair, n'a reçu aucune attention; il a succombé à une infection de la vessie qui s'était répandue dans sa circulation sanguine. Son histoire est encore relatée par les médias et dans des publications comme celles du Journal de l'Association médicale canadienne. La mort de Brian Sinclair ainsi que celles des deux autres patients au cours d'une même année ont incité l'Association des Médecins Indigènes du Canada à recommander un « examen systématique du racisme qui sévit à plusieurs échelons » (en anglais seulement) du système de soins de santé.

L'intérêt croissant pour les formations à l'intention des professionnels de la santé portant sur la compétence culturelle ainsi que le soutien offert aux hôpitaux favorisant le recrutement de personnel qui reflète davantage la population desservie représentent une étape importante vers la prestation des services de soins appropriés et proactifs. (Voir, par exemple, Dream Catcher: Find Your Future In Health
la création de services et d'un cadre mieux adaptés à la culture et appuyés par une conception et une administration des services de soins de santé dirigées par un plus grand nombre d'Autochtones.

La voie du changement

Mme Holway-McIntyre participe à l'évolution du régime hospitalier de l'Hôpital général de Whitehorse depuis 1994. Elle a mentionné que les patients du territoire rencontrent de nombreux obstacles qui leur bloquent l'accès au système de soins de santé et que plusieurs ne sont tout simplement pas disposés à « mettre les pieds à l'hôpital » sauf si leur état de santé, ayant empiré puisqu'ils n'ont pas obtenu l'attention nécessaire en temps opportun, les y oblige. En 1999, le Journal de l'Association médicale canadienne a fait état des inquiétudes soulevées à propos de « l'état de santé alarmant » des Autochtones de la région qui présentent les taux de mortalité les plus élevés au pays.

Cependant, les discussions visant à satisfaire les besoins de la clientèle principalement autochtones du régime hospitalier avaient débuté en 1990. C'est à ce moment que la gouvernance des services de santé est passée du gouvernement du Canada à celui du territoire du Yukon. Les Premières nations ont profité de l'occasion afin de s'assurer que leurs voix allaient être entendues, de s'appuyer sur la tendance en pleine évolution du Yukon à l'égard de la participation des Premières nations dans les principales initiatives au sein de leurs territoires.

En 1993, on accordait du financement à un programme de santé destiné aux Premières nations. La Loi sur les hôpitaux garantit que les Premières nations sont représentées au Conseil d'administration et que le comité sur la santé des Premières nations a commencé à superviser les programmes pertinents.

« À l'époque, il était inusité de voir la contribution des Premières nations à ce chapitre. Cela a eu des répercussions énormes sur les services », a affirmé Mme Holway-McIntyre.

Les sept programmes ont été mis en œuvre dans le cadre d'une entente tripartite prise avec le Conseil des Premières nations du Yukon et ont entraîné à la fois des changements à la structure et à la pratique.

 

Par exemple, le programme d'aliments traditionnels a reçu des dons en gros gibiers de la part de chasseurs de la localité, il prévoit un coin-cuisine réservé situé à l'écart des endroits où l'on prépare des aliments conventionnels et est appuyé par des règlements qui tiennent compte de la préparation et du stockage des aliments non conventionnels. Mme Holway-McIntyre a affirmé que son père qui a avait récemment séjourné à l'hôpital pour subir une chirurgie à la vésicule biliaire était visiblement plus en forme lorsqu'il a constaté que la nourriture d'hôpital qui était habituellement constituée de morue ou de poitrine de poulet à faible teneur en gras avait été remplacée par un ragoût d'orignal et un bouillon de caribou. « C'était un changement complet. Il s'agissait d'aliments qu'il était habitué de manger à la maison et ils étaient juste parfaits! », a affirmé cette dernière.

 

La construction de la salle de guérison Na'Ku s'est terminée en 1996, on l'utilise depuis pour les cérémonies purificatoires, spécialement dans le cas de patients en voie de rétablissement, ainsi que pour les autres cérémonies et la prière en plus d'offrir aux familles un endroit pour se réunir. Quant à l'infrastructure, un système de gicleurs permet de célébrer une cérémonie de la fumée sans déclencher l'alerte d'incendie alors que des conduits d'aération permettent de célébrer une cérémonie de purification dans la chambre d'un patient.

 

 

Le programme de médecine traditionnelle encourage le changement de comportement alors que les médecins acquièrent volontairement des connaissances sur les plantes et les médicaments autochtones et équilibrent leur usage avec ceux de la médecine conventionnelle. À l'origine, ce programme était appuyé par le défunt Dr Frank Timmermans, médecin-conseil en santé publique et chirurgien hospitalier pendant 20 ans. Ce programme continue de contribuer à l'amélioration des communications entre les patients, les familles et les médecins.

 

Y a-t-il des preuves illustrant que ces changements font une différence? Dans les années 1990, les patients des Premières nations étaient surreprésentés dans le régime hospitalier; ils comptaient pour 40 % des patients alors qu'ils formaient un maximum de 25 % de la population du territoire. Madame Holway-McIntyre a affirmé « Les populations de patients autochtones varient entre 25 et 33 % ».

« Il n'y a aucun doute, le pont est construit et les gens le traversent, a-t-elle ajouté. Toutefois, il y a encore beaucoup à faire pour que les Autochtones se sentent vraiment les bienvenus... »

 

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